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Publié par Loïc Damiani

Encore une anecdote amusante vécue lors d'un de mes cours. 

 

Aujourd'hui même avec la classe de 6e5, nous étions en train d'étudier la naissance de la démocratie à Athènes à partir de la fin du VIe siècle av. J.-C.. Un moment important dans l'histoire que cet épisode érigé parfois en modèle. 

 

Une petite vidéo sur l'histoire du Parthénon et d'Athènes revient sur qui est citoyen et qui ne l'est pas. Jacqueline de Romilly l'explique à partir de la minute 5'30". 

Nous en étions à cette première approche en questionnant les élèves sur ce qu'est une démocratie. Yasmin et Idrissa ont rivalisé comme souvent d'ingéniosité pour répondre. Les mots "citoyens", "élections", "peuple" ont tout de suite été mis sur la table. Ils ont permis de construire la notion de démocratie, un pouvoir exercé par tous les citoyens. Vint ensuite la définition de la qualité de citoyen élaborée grâce aux éléments d'un texte du manuel tiré de la Constitution des Athéniens d'Aristote. 

 

Une fois ce travail effectué, il devient aisé, par déduction de trouver qui n'était pas citoyen. Femmes, enfants et étrangers sont rapidement découverts par opposition aux critères qui font un citoyen (homme, adulte, de parents athéniens...). 

 

Mais la catégorie des esclaves est par contre plus malaisée à dénicher d'autant qu'il s'agit d'une réalité étrangère ou du moins difficilement compatible avec les représentations et les modes de pensée d'aujourd'hui. Et oui l'idée qu'un être humain ait pu être considéré comme un "objet animé" selon l'expression d'Aristote, un simple "instrument destiné à l'action" est difficilement compréhensible. Car rapidement les élèves posent des questions morales (du point de vue du propriétaire) et poussent des interrogations pratiques (du point de vue de l'esclave). "Pourquoi ne se sont-ils pas révoltés ou enfuis ?". 

 

Et c'est là qu'immanquablement on change de registre lorsqu'un élève, Baptiste, lève la main pour dire, parlant de son voisins Elyes "Monsieur, il y a un fou qui dit que je suis son esclave". Ma réponse a pris la forme d'une question à double sens: "Est-ce que c'est vrai?". L'élève sûr de son bon droit et de son indignation de répondre "Oui c'est vrai !" Et toute la classe d'éclater de rire du fait du décalage entre le sens de la question (est-ce que c'est vrai que vous êtes son esclave?) et celui de la réponse (oui c'est vrai qu'il a dit que j'étais son esclave). Moyen de détendre l'atmosphère, de rire un peu et de faire comprendre que dans certaines situations les mots et les phrases peuvent avoir un sens ambigu. 

 

Puis bien entendu après cela permet aussi de rappeler que l'esclavage en France a été aboli définitivement (officiellement et légalement en tout cas) en 1848. Et que nul ne peut être l'esclave de quelqu'un d'autre fut-il un camarade de classe... 

 

Un sourire donc pour finir cette séance et parler de choses ô combien sérieuses mais que les élèves ne sont pas prêts d'oublier grâce à ce petit jeu de mots et de phrases.

 

Et c'est vrai ?