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Publié par M. Damiani-Aboulkheir

1er mai fête des travailleurs !

Le premier jour de mai est traditionnellement dans le monde, la fête des travailleurs, elle correspond à la journée internationale des travailleurs...

Elle a pour origine la revendication, portée à la fin du XIXe siècle dans plusieurs pays par les syndicats naissants et les organisations de travailleurs d'obtenir la baisse du temps de travail.

En 1884, les syndicats américains se donnent deux ans pour conquérir la journée de 8 heures. Le premier mai 1886 la grève générale pour cette revendication est très suivie. Elle se prolonge dans plusieurs entreprises. Une manifestation le 3 mai à Chicago fait trois morts parmi les grévistes. En 1889 l'Internationale socialiste propose que le 1er mai devienne une journée de lutte et de manifestation pour obtenir la journée de 8 heures.

1er mai fête des travailleurs !

Le 1er mai 1891 à Fourmies dans le Nord de la France la répression d'une manifestation d'ouvriers par la police fait neuf morts dont 4 jeunes, garçons et filles de 11, 14, 16 et 17 ans.

Avec ce massacre, la date du 1er mai devient une date importante dans la lutte des travailleurs de tout le continent européen. Elle devient une journée de luttes revendicatives avec grèves et manifestations rappelant les morts de Chicago et de Fourmies.

En France c'est la Confédération Générale du Travail (C.G.T.) qui porte et organise ces revendications. L'affiche suivante édité en 1912 revient sur la volonté des syndicats et des ouvriers qu'il représentent de faire diminuer la durée légale des journées.

Affiche de la Confédération Générale du Travail pour la réduction du temps de travail, 1912, Collection Photothèque IHS-CGT.

Affiche de la Confédération Générale du Travail pour la réduction du temps de travail, 1912, Collection Photothèque IHS-CGT.

1er mai fête des travailleurs !

Le 1er mai 1936 fut en France une grande journée de manifestation. Elle se place entre les deux tours des élections législatives qui ont donné un net avantage de plus de 1,4 million de voix, aux forces du Front populaire (socialistes, communistes, radicaux)...

Le syndicats et les partis politiques de gauche font du 1er mai un démonstration de force.

L'appel aux travailleurs reproduit ci-contre, lancé par la C.G.T. met en avant un certain nombre de revendications anciennes mais qui figurent dans le programme politique du Front populaire dont :

- la semaine de 40 heures (5 journées de 8 heures)

- les congés payés

- les contrats collectifs

L'affiche qui suit, complémentaire de cet appel à manifester, est très représentative des aspirations de la période. Elle doit être analysée avec des connaissances qui permettent de la remettre dans son contexte.

Il s'agit de décoder une image à l'aide d'éléments historiques qui montrent l'arrière plan historique qui a présidé à sa création.

Affiche de la C.G.T. pour le 1er mai 1936. Collection Photothèque IHS-CGT.

Affiche de la C.G.T. pour le 1er mai 1936. Collection Photothèque IHS-CGT.

Cette affiche met en image à la fois l'unité retrouvée de la C.G.T. qui sort d'une période de 15 ans de séparation entre les syndicalistes proches du Parti Communiste qui avaient été exclus en 1921 (la CGTU) et le reste du syndicat. Face à la menace fasciste de 1934 un rapprochement s'était fait par la base, dans les entreprises et les manifestations de rue et avait abouti à une réunification de la C.G.T en mars 1936.

Elle appelle aussi à l'unité de la classe ouvrière face au danger de l'extrême droite et des émules français de Mussolini et d'Hitler mais aussi face au patronat pour tenter d'obtenir la satisfaction des revendications syndicales.

L'analyse de Danielle Tartakowsky, historienne spécialiste de l'histoire politique du XXe siècle est tout à fait intéressante à lire:

CONTEXTE HISTORIQUE

Un 1er Mai singulier
En 1936, le 1er mai advient deux mois à peine après le congrès confédéral de Toulouse (2-5 mars) qui entérine la réunification de la CGT et de la CGTU, déchirées depuis 1922 mais l'une et l'autre signataires depuis janvier du programme du rassemblement populaire. Le 26 avril, soit cinq jours plus tôt, le premier tour des élections législatives a mis les formations politiques constitutives de ce rassemblement en position de l'emporter. Pour éviter toute provocation susceptible de peser sur l'issue du scrutin, la CGT évitera tout cortège, à Paris notamment.

ANALYSE DES IMAGES

L'union fait la force
Le 1er Mai se veut journée de fête (de l'unité) et de lutte (pour les 40 heures, l’une des premières mesures du gouvernement de front populaire en juin 36, les contrats collectifs, pour les grands travaux inscrits depuis 1934 dans le programme de la CGT, la paix, slogan du Front populaire « paix, pain, liberté »). Le graphisme résume et transpose ces objectifs énoncés littéralement. Depuis les premiers 1er Mai, le peuple en marche est une image fréquemment retenue pour signifier graphiquement le sens de la journée. L'affiche mobilise ce code convenu. La foule est soudée, dense et presque infinie mais, nonobstant, constituée d'individualités clairement identifiables : ouvriers (ceinture de terrassier), mais aussi bien, à leur côté, phénomène plus rare, des femmes qui ne sont ni des allégories ni des mères souffrantes et, exceptionnel, des cadres et/ou des employés (chapeau, cravate). Cette foule qui doit aux codes en usage d'être souvent dépeinte en marche vers un horizon figuré par le soleil ou repoussé hors cadre se dirige ici vers le drapeau rouge, devenu signifiant de la confédération. Il est brandi par des mains et avant-bras où l'on repère, à nouveau, la montre fine d'une femme et des manches (costume et chemise blanche) appartenant à d'autres qu'à des ouvriers. Deux mains serrées rappellent sans le reproduire le label syndical (visible dans le cadre de l'affiche). L'unité, fêtée, fait la force.

INTERPRÉTATION

Une image du Front populaire ?
La CGT n'envisageait la réunification que sous l'espèce d'un retour pur et simple de la CGTU au sein de la « vieille CGT ». Cette conception prévaut dans l'affiche, qui évite toute allusion aux organisations préexistant à la réunification et choisit d'exprimer l'alliance de classe réalisée, non l'unité organique. Achevée avant les résultats du premier tour (et, a fortiori, du second), elle doit à sa force dynamique et à la fête invoquée de s'être pourtant imposée comme l’une des images fréquemment retenues pour illustrer le Front populaire. Elle énonce certains points forts de son programme et signifie l'alliance de classe dont il se réclame. Mais l'adéquation n'est pas totale. Le drapeau rouge cristallise ici, seul, les attentes quand le front populaire s'est affirmé et construit dans la rue en l'associant indissolublement au drapeau tricolore pour exprimer sous ce mode inédit la culture politique républicaine et de classe dont il était porteur. Le syndicat est érigé par là même en acteur exclusif d'une victoire d'une autre sorte.

Nouvel éclairage sur l'Histoire

Mais c'est le 1er mai 1937 qui constitue en France une des plus importantes manifestations jamais vue jusqu'alors dans le pays. C'est un moment de revendications après les grandes avancées sociales de l'été 1936 mais aussi un moment de solidarité avec l'Espagne républicaine attaquée par le complot militaire de Franco soutenu ouvertement par l'armée fasciste de Mussolini et les troupes d'Hitler.

Défilé du 1er Mai (vers 1937-1939) © Mauric – Mémoires d’Humanité / Archives départementales de la Seine-Saint-Denis

Défilé du 1er Mai (vers 1937-1939) © Mauric – Mémoires d’Humanité / Archives départementales de la Seine-Saint-Denis

Front populaire. Défilé syndical. France, 1er mai 1937. © Roger-Viollet

Front populaire. Défilé syndical. France, 1er mai 1937. © Roger-Viollet

1er mai 1937. Paris.  En tête de la manifestation Marcel Cachin, Maurice Thorez, Paul Vaillant-Couturier et le secrétaire général de la CGT Léon Jouhaux.

1er mai 1937. Paris. En tête de la manifestation Marcel Cachin, Maurice Thorez, Paul Vaillant-Couturier et le secrétaire général de la CGT Léon Jouhaux.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le régime de Vichy avec à sa tête Philippe Pétain interdit les syndicats mais il met le travail (et non pas les travailleurs) au coeur de son idéologie dont le triptyque Travail, Famille, Patrie, remplace la devise républicaine Liberté, Egalité, Fraternité, héritée de la révolution française.

Ainsi, une décision du 24 avril 1941 institue le 1er mai comme “Fête du Travail et de la Concorde sociale“. On est bien opposé à la notion de lutte des classes portée et de revendication portées par les syndicats d'avant guerre. Le premier mai devient chômé. Il s'agit, dans le discours officiel de l'Etat français, de rallier les ouvriers au régime de Vichy.

1er mai fête des travailleurs !
1er mai fête des travailleurs !

Le 1er mai 1945 est à nouveau une grande fête populaire, syndicale et politique. En tête de la manifestation à Paris qui se termine avenue du trône devant le lycée Hélène Boucher, des déportés à peine libérés des camps nazis entourent Marcel Paul, un de leur camarade, organisateur de la Résistance internationale dans le camp de Buchenwald qui est nommé quelques mois après ministre de la production industrielle.

C'est en avril 1947 qu'une loi est votée, sur proposition du député socialiste de la Seine Daniel Mayer en accord avec le ministre communiste du travail Ambroise Croizat père de la sécurité sociale, faisant du 1er mai un jour chômé et payé dans toutes les entreprises privées et publiques du pays.

C'est de nos jours la journée de congé la plus respectée en France au cours de laquelle même les journaux ne paraissent pas... C'est aussi toujours une journée de manifestations revendicatives du monde du travail et des syndicats en France comme dans de très nombreux pays du monde entier...

Photographies du défilé parisien du 1er mai 2016. © Loïc Damiani
Photographies du défilé parisien du 1er mai 2016. © Loïc Damiani
Photographies du défilé parisien du 1er mai 2016. © Loïc Damiani
Photographies du défilé parisien du 1er mai 2016. © Loïc Damiani
Photographies du défilé parisien du 1er mai 2016. © Loïc Damiani
Photographies du défilé parisien du 1er mai 2016. © Loïc Damiani
Photographies du défilé parisien du 1er mai 2016. © Loïc Damiani

Photographies du défilé parisien du 1er mai 2016. © Loïc Damiani

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