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Publié par Loïc Damiani

L'archéologie dévoile régulièrement des trésors d'art et d'histoire au grand public.

 

Aujourd'hui c'est la découvert d'un trésor à la fois historique mais aussi devenu légendaire au fil des siècles qui refait surface. Pierre Barthélémy revient sur cette étonnante découverte dans le magasine Le Monde numérique. 

Lingot d’or gravé, trouvé dans la rivière Min, en Chine. © Li He/Agence Chine nouvelle.

Lingot d’or gravé, trouvé dans la rivière Min, en Chine. © Li He/Agence Chine nouvelle.

Des archéologues chinois découvrent un trésor mythique.

PARFOIS, par la grâce de l’archéologie, de vieilles histoires tellement incroyables qu’elles en sont devenues des légendes reprennent vie et corps, perdant du même coup leur caractère mythique. C’est, si l’on en croit l’Agence Chine nouvelle, ce qui vient de se produire en Chine, dans la province du Sichuan, avec la découverte, dans le lit d’une rivière, du trésor englouti de Chang Hsien-chung (dont le nom est aussi retranscrit sous la forme Zhang Xianzhong).

Les faits historiques d’abord. Nous approchons du milieu du XVIIe siècle, en Chine. Entre crise politique, crise climatique et agricole, et invasion des Mandchous au nord, la dynastie Ming est en train de s’effondrer. Chang Hsien-chung est un ancien soldat qui, sur fond de révoltes paysannes, profite de l’extrême faiblesse du régime pour monter sa propre armée et se livrer à des razzias. Comme le relate une petite monographie de 1957, publiée dans le Journal of Asian Studies, à partir de 1643, les ambitions du rebelle prennent une autre ampleur tout comme son armée qui grossit pour passer de quelques milliers d’hommes à environ 100 000 soldats : Chang Hsien-chung veut son royaume.

En 1644, après avoir été défait dans le Hunan, il jette son dévolu sur la province du Sichuan qu’il va rapidement conquérir puis tenter de gouverner avec ce que ses opposants décrivent comme une sauvagerie rare. Même si le bilan, en termes de mortalité humaine, de son très court règne est impossible à faire précisément, il est probable que plusieurs centaines de milliers de personnes perdirent la vie, sans compter toute celles qui fuirent la province sous le régime de terreur instauré par Chang Hsien-chung. Incapable de gouverner le territoire et peut-être parce que la province, exsangue, ne peut plus nourrir son armée, il veut, à la fin de 1646, l’abandonner et s’installer dans le Shaanxi voisin, d’où il est originaire. Ce n’est évidemment pas du goût des nouveaux maîtres de la Chine, les Mandchous (dynastie Qing). En fait, Chang Hsien-chung n’arrivera jamais dans le Shaanxi. Trahi par un de ses officiers, il est attaqué et tué en janvier 1647.

Un pactole englouti

La légende ensuite. Comme le rapporte la dépêche de l’Agence Chine nouvelle, il est dit qu’en 1646, alors que Chang Hsien-chung faisait transporter son trésor de guerre par bateaux vers le sud du Sichuan, le convoi fut attaqué sur la rivière Min. Un millier d’embarcations auraient sombré et le pactole du chef de guerre avec elles. Depuis lors, la rumeur d’un trésor englouti courait dans la province…

Mais il y avait visiblement plus qu’une rumeur. En 2005, des ouvriers travaillant sur la berge de la rivière découvrent sept lingots d’argent. Cinq ans plus tard, le gouvernement décide que la zone doit être protégée mais il se passe encore des années avant qu’on envisage des fouilles. Les pilleurs n’ont bien sûr pas la patience des archéologues et profitent du délai pour plonger dans la rivière et récupérer ce qu’ils peuvent du trésor. L’Agence Chine nouvelle rappelle qu’après une longue enquête, la police arrête, en 2015, 31 personnes et confisque des milliers de pièces d’or et d’argent, ainsi que des lingots et du matériel de plongée.

© Li He/Agence Chine nouvelle.

© Li He/Agence Chine nouvelle.

L’archéologie enfin. Face à l’impossibilité de surveiller ce qui se passe sous la surface de la Min, il est donc décidé de fouiller le site. Les travaux ont commencé en janvier et doivent se poursuivre jusqu’en avril. Ainsi que le montre la photo ci-dessus, les archéologues chinois ont choisi de ne pas plonger. Ils ont attendu la saison sèche, procédé à de gros travaux de terrassement et installé plusieurs pompes pour drainer le site jour et nuit. Le lit de la rivière est ainsi apparu à l’air libre sur plusieurs centaines de mètres et une zone d’un total d’un hectare a déjà été fouillée.

Bijoux et pièce en or. © Li He/Agence Chine nouvelle.
Bijoux et pièce en or. © Li He/Agence Chine nouvelle.

Bijoux et pièce en or. © Li He/Agence Chine nouvelle.

Pour l’heure, plus de 10 000 objets ont été trouvés. Cela « inclut de grandes quantités de pièces d’or, d’argent et de bronze, des bijoux et des armes en fer comme des épées, des couteaux et des lances », a déclaré Gao Dalun, directeur de l’Institut de recherche archéologique du Sichuan. Pour Li Boqian, archéologue à l’université de Pékin, « ces objets sont extrêmement précieux pour la science, l’histoire et l’art. Ils sont d’une grande importance pour la recherche sur la vie politique, économique, militaire et sociale sous la dynastie Ming. » Finalement, le sanguinaire Chang Hsien-chung aura, à son corps défendant, servi à quelque chose…

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