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Publié par Loïc Damiani

Régulièrement les découvertes puis les publications des archéologues révèlent des trésors méconnus qui nous en révèlent beaucoup sur les civilisations anciennes, leurs coutumes et leur patrimoine. 

 

Une récente publication, dans le blog du journal numérique Le Monde expose une découverte réalisée en Allemagne. Pierre Barthelemy revient sur Les trésors de la princesse celte de la Heuneburg.

Cette boule et ces perles tubulaires en or faisaient partie d’un collier raffiné. © Département de l’héritage culturel du Bade-Wurtemberg.

Cette boule et ces perles tubulaires en or faisaient partie d’un collier raffiné. © Département de l’héritage culturel du Bade-Wurtemberg.

TOUT, ou presque, a commencé en 2005 par une balade dans un champ, sur le site de la Heuneburg, dans le sud de l’Allemagne. J’écris « ou presque » parce que l’endroit, fouillé depuis 1950, est l’un des sites les plus importants pour l’étude des débuts de l’âge du fer en Europe centrale (civilisation dite de Hallstatt). On estime ainsi qu’au VIe siècle av. J.-C., l’implantation humaine y occupait un espace d’un kilomètre carré, avec une sorte de forteresse et son agglomération. Trouver dans un champ, à l’automne 2005, un fragment de fibule en or n’était donc pas une surprise absolue. Les archéologues étaient cependant loin de se douter que ce serait le point de départ d’une sorte de jeu de piste qui allait les mener à une magnifique découverte.

Le Monde numérique

Fibules en bronze plaqué or découvertes dans la tombe d’enfant. © Krausse et al./Antiquity.

Fibules en bronze plaqué or découvertes dans la tombe d’enfant. © Krausse et al./Antiquity.

L’objet a été ramassé près d’une butte appartenant à une nécropole celtique. Des fouilles entreprises peu après montrent que la fibule provient d’une tombe d’enfant, dont certains éléments ont été remontés à la surface et éparpillés au cours des labours. Les archéologues s’aperçoivent alors qu’il s’agit d’une tombe secondaire, c’est-à-dire d’une sépulture dépendant d’un tombeau plus important situé à côté. Presque carré, grande (environ 6 mètres de côté), il devait à l’origine ressembler à une sorte de caveau en bois. Les murs et le toit se sont effondrés depuis bien longtemps mais les chercheurs savent que, le Danube étant tout proche, le sol gorgé d’eau a pu conserver le bois vieux de plus de 2 500 ans. Des premiers sondages montrent qu’effectivement le plancher et certains éléments de construction de cette chambre funéraire sont toujours là, en bon état. Il est donc décidé, en 2010, de lancer la fouille. Deux petites tranchées sont creusées à titre exploratoire. En ressortent des objets en ambre, en jais et en or : aussi incroyable que cela paraisse, tout comme le tombeau de Toutankhamon, cette sépulture a échappé aux pillards.

L’extraction du « bloc » en décembre 2010. © Krausse et al./Antiquity.

L’extraction du « bloc » en décembre 2010. © Krausse et al./Antiquity.

La fouille s’annonce palpitante mais, pour qu’elle s’effectue dans les meilleures conditions, les archéologues choisissent de la mener… en laboratoire. Comment ? En extrayant le bloc de sol à explorer, un parallélépipède de 7 mètres de long sur 6 de large et 1 de haut. Un mètre de haut seulement car, depuis deux millénaires et demi, non seulement la chambre funéraire s’est effondrée mais elle a été recouverte d’alluvions, de terre, les charrues puis les tracteurs sont passés dessus… Bref tout a été écrasé, compacté en une couche à fouiller de seulement quelques centimètres d’épaisseur posée directement sur le plancher de la sépulture. En décembre 2010, alors que la neige recouvre le site, deux énormes grues (voir photo ci-contre) arrachent ce bloc de 80 tonnes qui est transporté dans les laboratoires des services d’archéologie du Bade-Wurtemberg.

Pendant d’oreille en or (longueur : 28,5 cm) avec un grossissement montrant le raffinement du bijou. © Krausse et al./Antiquity.

Pendant d’oreille en or (longueur : 28,5 cm) avec un grossissement montrant le raffinement du bijou. © Krausse et al./Antiquity.

C’était la tombe d’une « princesse », ou du moins d’une femme appartenant à l’élite sociale, âgée d’une trentaine d’années au moment de sa mort. Comme l’explique le compte-rendu de la fouille publié dans le numéro de février d’Antiquity, son crâne a roulé et s’est disloqué dans le tombeau, peut-être suite à une crue qui se serait infiltrée, mais le reste de son corps n’a pas bougé. Et sur lui ou bien à côté de lui, on a retrouvé des objets de grande valeur, qui témoignent de son statut : fibules en or et en bronze, parfois décorées d’ambre ; splendide pendant d’oreille lui aussi en or (voir ci-dessus) ; des bracelets de jais et de bronze ; une large ceinture en cuir et en bronze, très abîmée ; cinq « boules de Noël » en or (voir l’illustration qui ouvre ce billet), d’inspiration étrusque, accompagnées de nombreuses perles en or et en ambre, qui devaient composer un somptueux collier.

Un second squelette

D’autres découvertes ont été effectuées dans la tombe. La défunte était accompagnée. Un second squelette, probablement de femme – les ossements étaient en trop mauvais état pour en être sûr –, a été retrouvé dans un coin de la sépulture. Pas d’objets avec elle à l’exception d’anneaux de bronze autour des poignets. S’agissait-il d’une suivante qui, justement, suivait sa maîtresse jusque dans le trépas ou bien d’une personne inhumée a posteriori ? Difficile pour le moment de le savoir, de déterminer les liens entre les deux squelettes, disent les auteurs de l’étude, tout comme on ignore s’il y a une relation entre la princesse et l’enfant inhumé près de là.

Pendentif à base de défenses de sanglier. © Krausse et al./Antiquity.

Pendentif à base de défenses de sanglier. © Krausse et al./Antiquity.

Il y avait un autre compagnon dans la tombe – un porcelet avec son couteau à découper – et bien d’autres objets : des traces de textiles végétaux et de fourrures ; une ammonite et un fossile d’oursin ; deux perles de verre ; des cristaux et des pierres polies ; des objets en bois tourné dont on ignore encore l’usage ; un pendentif fabriqué à partir de deux défenses de sanglier sur lesquelles ont été montées des clochettes en forme de tulipes, suspendues à des barres de bronze (voir ci-dessus).

Chanfrein de bronze. © Krausse et al./Antiquity.

Chanfrein de bronze. © Krausse et al./Antiquity.

Enfin, les archéologues ont mis au jour une énigmatique feuille de bronze, longue de 40 centimètres, décorée de motifs circulaires et légèrement tordue (voir dessus).

Pas évident, dans un premier temps, de comprendre de quoi il s’agissait, d’autant que rien d’analogue n’avait été découvert dans le monde celtique de l’époque. Il a fallu une analyse minutieuse pour s’apercevoir qu’au bout de cette plaque subsistaient les traces… d’un mors. Cette pièce étrange était en réalité un chanfrein, pièce d’armure destinée à protéger la tête d’un cheval. On en trouve au Proche-Orient dès le IXe siècle, puis l’objet gagne le monde grec et la Méditerranée, mais c’est sa première apparition connue en Europe centrale.

La pépite du plancher

Tous ces objets sont intéressants et spectaculaires mais, pour les auteurs de l’étude, le vrai trésor n’est pas là. La véritable pépite, pour eux, c’est… le plancher. Constitué de onze planches (neuf en chêne, deux en sapin), il permet une datation très précise de sa confection, grâce à la dendrochronologie, cette méthode subtile qui consiste à analyser les anneaux de croissance des arbres qui subsistent dans le bois. Toutes les planches étudiées pointaient vers le début du VIe siècle av. J.-C. mais deux d’entre elles ont permis de trouver l’année exacte de leur fabrication : 583 av. J.-C. Soit un résultat plus précis que ce qu’aurait pu donner le carbone 14. Pour les spécialistes de l’âge du fer, disposer d’une telle datation est précieux car cela constitue un point d’ancrage lorsqu’on veut établir la chronologie de l’époque. A titre de comparaison, nous sommes là environ un siècle avant le décès de la célèbre dame de Vix, en France.

Selon les archéologues qui l’ont menée, la fouille de cette chambre funéraire « montre pour la première fois que, dès le début du VIe siècle av. J.-C., les membres féminins de l’élite sociale (…) – et même les enfants – étaient inhumés dans des tombes riches et ostentatoires. » Certains des objets retrouvés, comme les « boules de Noël » et le chanfrein, témoignent aussi des échanges précoces entre cette civilisation de Hallstatt située au nord-ouest des Alpes et le monde méditerranéen, plus au sud. Il y a plus de vingt-cinq siècles, une princesse celte aimait les bijoux d’Italie…

Le plancher de la chambre funéraire. © Krausse et al./Antiquity.

Le plancher de la chambre funéraire. © Krausse et al./Antiquity.

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