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Publié par Loïc Damiani

Un article paru dans le journal Le Parisien 94 du 2 janvier 2017 revient sur l'histoire d'une famille d'anarchistes italiens dont la maison de Fontenay-sous-Bois devint dans l'entre deux guerres un foyer d'accueil et d'activisme politique majeur en région parisienne. 

Fontenay : une famille d’anarchistes italiens gagne ses lettres de noblesse.
Par Clawdia Prolongeau.

Sur la vieille photo en noir et blanc, ils sont tous là. Rivoluzio, Siberia, Proteste, Ribelle... Des prénoms qui laissent deviner avec quels principes les enfants de cette famille ont été élevés. C’est justement en découvrant cet étrange champ lexical dans le registre de recensement de 1936, que Loïc Damiani, historien et adjoint au maire (PCF) de Fontenay délégué au patrimoine historique, a compris qu’il y avait anguille sous roche. « Je m’intéressais à un anarchiste ukrainien et j’ai vu qu’il avait séjourné chez cette famille dont les prénoms des enfants étaient sans équivoque ». Et de fait, il découvre ainsi que les Gilioli, comme il le révèle dans l’Almanach 2017 de Fontenay, ont été les militants anarchistes les plus actifs de la commune.

Onofrio et Maria Gilioli arrivent à Fontenay en 1924, après avoir fui l’Italie fasciste avec leurs enfants et leurs idéaux. Installés dans une immense maison au 8, villa des Frênes, ils deviennent vite un pilier de la communauté anarchiste locale. Dans les maisons voisines et au commissariat du coin, on fait semblant de ne pas savoir qu’ils accueillent régulièrement des réunions et quelques réfugiés, pour une nuit ou plusieurs mois. C’est ainsi que Renzo Cavani, un autre italien fuyant le fascisme rejoint la famille. « Il devient le compagnon de Siberia, avec qui il a un enfant hors mariage. Le mariage, ce n’est pas très anarchiste », sourit Loïc Damiani.

Engagés dans la Guerre d’Espagne
Sans famille en Italie et célibataire officiellement, Renzo Cavani est parfait pour endosser le rôle de l’assassin de Mussolini. Bien décidé à changer le cours de l’Histoire, il traque le Duce et tente de mettre fin à sa vie à deux reprises en 1932 et 1933. L’expérience se solde par deux échecs, mais Renzo réussit l’exploit de rentrer à Fontenay sans être arrêté par les autorités locales.

Dès le début de la Guerre d’Espagne en 1936 toute la famille Gilioli s’engage. Onofrio gravite entre la Belgique à la frontière espagnole pour armer les anarchistes. Rivoluzio, Renzo et Siberia eux, s’installent en Espagne. Le couple rentre après quelques mois, Rivoluzio lui, meurt en juin 1937 aux portes de la ville de Huesca. Dans l’une de ses dernières lettres, il déplore avec cynisme le ralliement des Italiens à Franco, racontant être fréquemment bombardé par « [ses] chers compatriotes ».

Après la fin de la guerre, Renzo est reparti en Italie, le reste de la famille a continué villa des Frênes. Quand Loïc Damiani a contacté Ribelle, la seule encore en vie, pour avoir des détails, elle a d’abord fait mine de ne pas savoir de quoi il parlait. Les vieux réflexes ont la vie dure. Et puis elle s’est confiée. À 93 ans, elle habite toujours Fontenay. Inutile de préciser où.

Des anarchistes à Fontenay-sous-Bois !

Exposition et hommage

Pour le moment, ils sont douze. Six communistes et six anarchistes issus de Fontenay et identifiés par la ville comme étant partis combattre dans les années 1930, au côté des anti- franquistes en Espagne. À l’automne prochain, une exposition des Amis des combattants en Espagne républicaine (Acer), soutenue par l’Office national des anciens combattants (Onac), sera visible à l’hôtel de ville de Fontenay. La ville y ajoutera des panneaux détaillant spécifiquement le parcours de leurs habitants ayant rejoint la cause. Fontenay, qui a déjà salué la mémoire des Brigades Internationales en apposant une plaque place de l’Amitié entre les peuples, réfléchit à y ajouter un hommage particulier pour la famille Gilioli.

Des anarchistes à Fontenay-sous-Bois !
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