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Publié par M. Damiani-Aboulkheir

Poursuivons notre exploration de l'histoire de la Première Guerre mondiale à partir des Archives Municipales de Fontenay-sous-Bois. Ce mois-ci un ensemble de lettres et de documents nous permet de plonger dans la vie quotidienne de la bataille de Verdun...

Photographie de groupe 1915. Abel Parisien est débout, 3e en partant de la gauche. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois, don Michèle Le Gauyer.

Photographie de groupe 1915. Abel Parisien est débout, 3e en partant de la gauche. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois, don Michèle Le Gauyer.

En direct de Verdun avec Abel Parisien.

La bataille de Verdun fut à n’en point douter l’événement majeur de 1916. Par sa violence et le nombre de combattants engagés elle devient rapidement le symbole d’une guerre totale au cours de laquelle des millions de tonnes d’obus sont déversés pour prendre ou défendre des positions censés être stratégiques. Les correspondances de soldats sont un moyen sûr d’entrer dans l’histoire, d’entrer dans le feu de l’action au plus près de leur quotidien. Les Archives municipales ont reçu les lettres des frères Parisen Abel et Robert tous deux mobilisés. C’est la petite nièce de ce dernier, installé à Fontenay-sous-Bois dans les années 1930, qui a apporté ces documents. Ils permettent de suivre les aventures de ces deux jeunes gens originaires du village de Lisle en Dordogne.

Le cadet Abel fait partie du 50e Régiment d’Infanterie. Il est affecté dans la 91e section de sa 10e compagnie. Après la Marne en 1914 où il a été blessé d’un éclat d’obus, puis la Champagne en 1915 et l’Artois, il est transféré en mars 1916 à Verdun. Les Archives de Fontenay possèdent de sa main une petite dizaine de lettres écrites à son père à ce moment là. Il correspond aussi avec son frère Robert mobilisé ailleurs sur le front et avec sa sœur Adèle. La lecture de ses carte-lettres nous font plonger dans Verdun de l’intérieur avec ses combats, son climat, sa routine, ses doutes, les demandes d’un fils et ses remarques qui permettent de se mieux rendre compte des conditions de vie de ce garçon et par extension de ses camarades.

La situation est difficile en ce second mois de la grande offensive allemande. Comme le souligne la lettre du 11 avril 1916 reproduite ici : “le bombardement est toujours terrible en grosses pièce“.

Lettre d'Abel Parisien à son père, 11 avril 1916, Archives municipales de Fontenay-sous-Bois, don Michèle Le Gauyer.

Lettre d'Abel Parisien à son père, 11 avril 1916, Archives municipales de Fontenay-sous-Bois, don Michèle Le Gauyer.

C’est une bataille où l’artillerie joue un rôle essentiel. Les canons de gros calibre tonnent à longueur de journée et de nuit écrasant l’éperon de Verdun sous un véritable déluge de feu. Ils sont un danger constant pour les soldats de première comme de seconde ligne. Cette avalanche de métal oblige aussi les civils de la place à fuir en toute hâte n’emportant que leur argent. Comme le rappelle Abel “tout ce qu’ils ont laissé est démoli ou dévalisé par les soldats“.

La vie de son détachement se partage au fil des semaines entre des passages en première ligne, dans les tranchées et des périodes de repos. Celles-ci se déroulent dans ce qu’il reste des villages comme à Belleville juste au nord de Verdun ou dans des bois alentours ou parfois dans la citadelle de la ville. Là au moins les hommes sont à l’abri car le climat est encore rude. Le 30 mars il écrit : “depuis 10 jours qu’on est là il n’a pas discontinué de neigé et il fait froid presque autant que cet hiver“. Puis le mois suivant “il ne s’arrête pas de pleuvoir“. Abel demande fin mars des bas de laine à sa sœur “car maintenant on en touche pas“.

Le ravitaillement est un véritable problème. Le 28 mars Abel Parisien écrit à son père : “J’aurai besoin d’un peu d’argent car maintenant, on ne touche presque que du riz et du singe, et on en mange pas beaucoup et ce n’est guère bon“. Riz, macaroni et viande en boite sont le quotidien de l’alimentation. Son père et sa sœur lui envoient des mandats avec lequel il achète du vin qui “ici vaut 32 sous le litre“.

La solidarité entre poilus joue cependant bien son rôle. Le 16 avril Abel écrit à son père : “Tu me renverras un colis de temps en temps car les autres en reçoivent et m’en donne tout le temps et je ne peux rien leur offrir“. Le partage entre camarades existe et réconforte. Rapidement d’ailleurs il reçoit des provisions. Une chance que la poste fonctionne remarquablement bien et que les paquets ne mettent “pas plus de 2 jours pour venir“. Chaque soldat a d’ailleurs droit à un coli postal gratuit par mois. Avec le courrier de la famille c’est ce qui l’aide à tenir puisque dès mars 1916 “les permissions sont suspendues“ puis “supprimées“. Des conditions difficiles donc que ces quelques mots nous permettent d’approcher un siècle après…