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Publié par Loïc Damiani

Le 10 janvier 2014 je postais sur ce blog un billet sur la ville de New-York avec des photos et des images sur cette métropole d'Amérique du Nord et les spécificités architecturales de ses différents quartiers (CBD, ghettos dégradés et banlieues huppées).

Je veux revenir aujourd'hui sur le décalage entre cette cité et les villes traditionnelles d'Europe avec quelques documents qui montrent l'étonnement pour ne pas dire la stupéfaction qui saisit les voyageurs débarqués du vieux continent durant tout le XXe siècle.

Le premier texte, publié en 1932, est un extrait du roman Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline (1894-1961). Ce dernier, je dois le préciser, est un écrivain à la personnalité détestable, raciste, furieusement antisémite dont les écrits postérieurs, remplis de la haine de l'humanité, ont dans les années 1940 soutenus obstinément la collaboration et les crimes nazis. Il faut le savoir avant que de le lire.

Dans cet extrait, le personnage du livre, Ferdinand Bardamu, débarque à New-York et donne une description saisissante et truculente.

Pour une surprise, c'en fut une. À travers la brume, c'était tellement étonnant ce qu'on découvrait soudain que nous nous refusâmes d'abord à y croire et puis tout de même quand nous fûmes en plein devant les choses, tout galérien qu'on était on s'est mis à bien rigoler, en voyant ça, droit devant nous...


Figurez-vous qu'elle était debout leur ville, absolument droite. New York c'est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux mêmes. Mais chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s'allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l'Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.


On en a donc rigolé comme des cornichons. Ça fait drôle forcément, une ville bâtie en raideur. Mais on n'en pouvait rigoler nous du spectacle qu'à partir du cou, à cause du froid qui venait du large pendant ce temps-là à travers une grosse brume grise et rose. et rapide et piquante à l'assaut de nos pantalons et des crevasses de cette muraille, les rues de la ville, où les nuages s'engouffraient aussi à la charge du vent.

Le "galérien" qui arrive dans la baie de New-York est donc étonné jusqu'à rigoler de ce qui se présente devant lui: une ville debout et impressionnante de hauteur, bien différente des villes européennes "couchées" à l'horizontale le long des cours d'eau ou des rivages.

Et en effet, les images de cette ville d'Amérique à l'époque sont impressionnantes. La photographie ci-dessous montre Manhattan en 1932. C'est une vue aérienne du quartier des affaires qui met bien en évidence les buildings.

Photo de Manhattan en 1932. © New York Daily News.

Photo de Manhattan en 1932. © New York Daily News.

"Une ville debout", une ville inouïe: New-York.
"Une ville debout", une ville inouïe: New-York.

Il bien comprendre en effet qu'à l'époque du Voyage au bout de la nuit, la ville de New-York et en particulier Manhattan, malgré la terrible crise financière et économique de 1929, se transforme et abrite pas moins d'une dizaine de gratte-ciel de plus de 200 mètres de hauteur et comptant entre 50 et 102 étages !

En voici la liste avec les noms, la hauteur en mètres, le nombre d'étages et la date d'ouverture. Ils sont classés par ordre de hauteur :

"Une ville debout", une ville inouïe: New-York.
Grand Central Palace, 1935. © New York Daily News

Grand Central Palace, 1935. © New York Daily News

Dans les années 1960 encore, le paysage de Manhattan était toujours une source d'étonnement comme l'illustre la chanson de Serge Gainsbourg J'ai vu New-York USA...

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